Remonter le temps

1 |  23 février 2015

Tuer ce temps irréversible que j’aurai tant voulu remonter – Nicolas Bouvier

 Juillet …

Un réveil. Jaune. Carré. Les aiguilles des heures et des minutes noires et celle des secondes rouge. Le tic-tac incessant des aiguilles, la petite qui avance toujours plus vite que la grande. Remonter le temps, c’est possible ? Revenir en arrière, retour dans le passé et les souvenirs. La machine que tout le monde rêverait d’avoir, rien qu’une fois. Pour changer les choses, pour réparer une erreur, pour modifier une journée ou une parole, pour prendre une autre décision, pour faire un autre geste. Voilà bien une chose que l’on ne peut pas contrôler, une chose qui échappe à la maîtrise humaine. Alors on a inventé un mot très pratique : les regrets. Ou encore un autre : « j’aurai dû… » ou même celui-là : « si j’avais su… ». Quelques mots qui nous permettent de changer les choses, au moins en théorie.

Mes yeux se détournent, impossible de faire demi-tour même si j’aimerai tant. Les dés sont jetés, les dieux ont joué et la partie est finie. Il faudra attendre la revanche pour essayer de reprendre le dessus. C’est le jeu et il faut en respecter les règles.

Mes lèvres murmurent un adieu silencieux et déjà nostalgique. Je te quitte, oui. Et je ne sais pas si je reviendrai. C’est la vie qui veut ça. C’est le hasard qui décide. C’est le destin qui choisit. Je ne peux rien y faire. Je dois partir, je dois. Obligation, décision, contrainte, choix… peu importe au final. Le résultat est bien le même.

Je pars. Et je laisse tout derrière moi, mes premiers pas avec toi, tes surprises, mes sourires, tes paradoxes si attachants, ta force et ta fragilité. J’abandonne tous ces moments, tous les face-à-face, tous les instants difficiles et les solutions trouvées, souvent par hasard. Je pars sans prendre avec moi tes cadeaux, ton odeur, ta voix. Je jette par-dessus bord toutes les premières fois et toutes les dernières, elles sont trop lourdes à porter. J’efface de ma mémoire notre rencontre, nos retrouvailles. Il est temps de se séparer. L’avion décolle et m’éloigne un peu plus de toi, à chaque minute, à chaque seconde. Ca y est, tu es loin, je suis loin. Je ne te vois plus, je t’oublie peu à peu, avec le temps et les kilomètres. Tout disparaît. En arrivant, je serai une personne neuve, comme un nouveau-né. Plus rien ne me parlera de toi. Plus rien ne sera comme avant.

Tic-tac, tic-tac, tic-tac. Et merde ! Le réveil… comment j’ai pu… j’aurai dû le jeter à l’aéroport. C’est fou comme on a toujours besoin de garder un souvenir. Je n’ai pas pu me séparer de celui-là, c’est malin ! C’est un réveil tout con en plus, qui ne vaut rien, qui n’a rien de spécial, rien qui ne le distingue d’un autre réveil. C’est le modèle le plus simple qui existe, le moins cher, le plus pratique aussi. Juste ce tic-tac bruyant et incessant. Pourquoi je l’ai gardé et pourquoi tout le reste, je ne l’ai pas pris ?

Une fois arrivée chez moi, le manteau accroché, je sors le réveil du sac, c’est la seule chose que je sors. L’opération rangement des affaires attendra quelques jours. Le temps que je fasse le deuil de ce voyage, de cet au revoir.

Les heures passent, je me couche enfin, la tête en vrac à cause du décalage horaire, du trajet, de tout ce qui se bouscule dans mon esprit, de tout ce qui me manque à présent. Les yeux grands ouvert, j’entends le tic-tac et mon regard se pose alors sur le réveil jaune. Overdose de souvenirs, ça déborde, ça veut sortir, ça doit sortir. Tout se mélange dans ma tête, flash backs incessants, tout s’enchaîne et je revois tout, je revis tout comme si j’y étais encore… une soirée au bord de la mer, le restau favori, les premiers pas et les premiers mots, les larmes au coin des yeux et les sourires parlants, les moments d’émerveillement, les heures longues et fatiguées, mille et une choses, trois petits riens, des grands tout…

Impossible d’arrêter le film, impossible de faire stop. Marche avant, marche arrière, ralenti, accéléré. Les secondes tournent, mes pensées se détournent, ma raison s’affole. Cercle sans fin, comme mettre un point à tout ça, comment finir la phrase, comment écrire le mot « the end » ? Comment faire ? Je ne peux pas, comme je n’ai pu me débarrasser de ce putain de réveil qui aujourd’hui réveille tout.

La Chine est loin…

Beijing (206) copy

1 commentaire

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13 mars 2015

Good job ! Au plaisir de vous lire

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