Je ne suis pas une voyageuse

2 |  23 septembre 2019

Oui j’ai voyagé et visité plein d’endroits sur terre. Oui, j’ai pris l’avion des tas de fois, j’ai dormi dans des trains et des bus, j’ai admiré de nombreux monuments, j’ai appris des mots dans différentes langues, j’ai goûté des plats étranges et surprenants.

Mais contrairement à ces voyageurs au long cours ou voyageurs compulsifs qui ont besoin de bouger tout le temps, moi j’aime le quotidien, prendre mon temps. J’aime la vie à l’étranger.

J’ai découvert les voyages avec ma famille, quand j’étais haute comme trois pommes.

5 semaines de vacances chaque été en Grèce. Voiture, tente, matelas et duvet. Le plus souvent nuit sous les étoiles, en camping sauvage, largement toléré à l’époque. Je me souviens des baignades matinales, les yeux à peine ouverts. Je me souviens des lunes rousses au dessus de la mer. Je me souviens de la constellation d’Orion qui berçait mes nuits. Je me souviens des repas tomates/feta sur la plage ou sous les oliviers. Je me souviens qu’on se rinçait aux fontaines qu’on trouvait au bord de la route. Je me souviens des reflets du soleil sur les feuilles des oliviers. Je me souviens des amandes fraiches cueillies sur l’arbre, immangeables. Je me souviens des routes et des kilomètres avalés. Je me souviens d’une liberté immense et ensoleillée.

olivier grèce olympie

Et j’ai grandi. Et j’ai continué à aller voir ailleurs, en volontariat puis pour des stages puis pour travailler. Quelques semaines en Allemagne, en Pologne ou au Maroc à remettre à neuf un centre pour jeunes, à nettoyer le parc d’un hôpital pour enfants,… Quelques mois de stage en Chine, à apprendre les bases d’un métier. Puis se lancer dans le grand bain. Vivre sa vraie première expérience professionnelle à l’autre bout de la terre.

Je n’ai pas fait de tour du monde. Je ne suis jamais partie 6 mois sur les routes à l’aventure. Je suis partie longtemps oui, mais avec un job, un toit sur la tête, un quotidien, un apprivoisement de la ville dans les instants de tous les jours. Je suis plus une expatriée (au sens basique du terme) qu’une voyageuse. J’aime poser mes valises. J’aime m’émerveiller des petites choses du quotidien.

J’ai adoré vivre en Chine, payer mes factures d’électricité, aller faire les courses. Voir le campus s’animer, les vendeurs de rue le midi, leurs sourires sur mes balbutiements chinois.

J’ai aimé passer 1 an au Maroc, saluer le patron de l’épicerie du quartier et savoir où trouver un taxi à 7h du matin. J’ai aimé avoir mes habitudes au petit resto du coin et faire mes courses au souk.

J’ai aimé partir au travail chaque matin sur mon scooter en Inde. Voir la ville qui se réveille, qui s’agite, qui ouvre les yeux. Voir les travailleurs, les écoliers, les femmes qui vont chercher de l’eau. Faire partie de ce mouvement, de cette vie.

Bien sûr, en Chine, au Maroc ou en Inde, j’ai vadrouillé dans le pays, pendant les week-end ou les vacances. Mais je parlais 3 mots de la langue du pays, j’en connaissais les codes, je ne partais pas vraiment à l’étranger car j’y étais déjà au quotidien.

Bien sûr, j’ai voyagé. 1 semaine en Malaisie, 5 jour au Sri Lanka, un week-end à Bruxelles, 2 semaines en Espagne,… bien sûr. Mais ce qui me plait le plus, ce qui s’est ancré en moi, c’est le quotidien, regarder la vie qui passe et s’organise. Je préfère avoir le temps.

J’ai aimé et j’aime encore voir ces pays changer, évoluer, bouger, avancer. J’ai aimé sentir les changements, vivre l’actualité sur place, se réjouir ou non d’un changement politique, assister à une fête ou un événement, faire partie de cet ensemble.

Alors oui la vue de la Grande Muraille et du Taj Mahal m’ont littéralement chamboulée et émue. Oui j’en garde un souvenir fort. Mais mes souvenirs sont surtout dans les petites choses, les galères, les moments anodins, les découvertes et les regards croisés au détour d’une rue.

Aujourd’hui, un sourire apparait sur mon visage si tu me dis qu’on va passer 1 semaine à côté d’Agadir. Car ce seront des retrouvailles humaines et géographiques. Je serai en terrain connu, tout en continuant à découvrir petit à petit ce pays, à en apprendre un peu plus à chaque voyage.

Aujourd’hui, je serai surexcitée si je repartais en Chine. Surexcitée à l’idée de retrouver ce pays, sa nourriture, la ville où j’ai vécu, les lieux que je n’avais pas eu le temps de voir. Surexcitée de voir ce pays plus de 10 ans après notre première rencontre. Voir qui de lui ou de moi a le plus changé. Confronter mes souvenirs à la réalité, retrouver cette vie chinoise que j’ai tant appréciée. Remarcher sur mes pas, mais aussi aller un peu plus loin.

Car j’aime la nouveauté et la découverte. Mais je les aime encore plus quand je sais que ça va devenir au fil des semaines et des mois mon chez-moi, ma normalité, mes habitudes, ma routine. J’aime cette sensation d’être perdue mais de construire quelque chose, une maison où on pose ses bagages et ses envies pour quelques temps.

 

2 commentaires

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Laurent
Laurent

24 septembre 2019

J'aime bien l'histoire de la facture d'électricité. C'est exactement le même symbole que m'avait donné une amie à propos de s'installer quelque temps à un endroit par rapport à voyager. Être installé quelque part, c'est payer sa facture d'électricité.
C'est clairement l'entre-deux vers quoi je tends plus ou moins. Continuer à voyager, mais plus lentement. Prendre le temps de connaître des commerçants quelque part. Avoir des repaires.

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Gaëlle Zimmer
Gaëlle Zimmer

25 septembre 2019

de repères ou des repaires ? ;) Oui avoir une clé de maison, payer ses factures, ouvrir un compte en banque,... tout ça participe au quotidien et n'empêche en rien de s'émerveiller. J'aime le mélange des deux et comme toi, en voyage c'est ce que je cherche aussi maintenant, cet équilibre entre découverte et quotidien

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